Tout le monde se félicite de ce qui semble être d'ors et déjà un engouement populaire, à commencer par M. le Maire Bertrand Delanoë qui poursuit sa politique de déplacements urbains et d'écologie "par la pratique".

Sans faire de politique, rappelons que M. le Maire était déjà montré du doigt pour opposer les parisiens suivant leur mode de déplacement:

  • disparition brutale des places de stationnements
  • travaux de voiries visant à imposer des voies de bus un peu partout et n'importe comment, réduisant les voies de circulation pour les automobilistes (mais pas les bouchons
  • et évidemment verbalisation à tout va et tolérance zéro. N'oublions pas que les fonctionnaires de police chargés de la circulation ainsi que les fourrières recoivent des primes au rendement...

Cela dit, Vélib est à mon sens une bonne initiative citoyenne et écologique qui en plus a le mérite d'être bon marché, voire gratuite, la plupart des trajets cyclistes intra-muros étant estimés à moins de 30 min.

Le problème vient plutôt de la gestion du service, confié à une filiale du groupe JC Decaux, la Somupi (Société des mobiliers urbains pour la publicité et l'information). JC Decaux a construit sa renommée en installant et gérant du mobilier urbain gratuitement, tels que les abris bus. En contrepartie, ces mobiliers diffusent implacablement de la publicité à une audience qui ferait pâlir d'envie n'importe quel annonceur. Cet ingénieux système a aujourd'hui largement fait ses preuves.

Sauf que dans le cas de Vélib', JC Decaux, avec la complicité de la mairie de Paris innove. Ainsi, comme nous le rapporte ''Le Monde'', la Somupi diposera d'informations précises et nominatives sur les utilisateurs de Vélib' dont les trajets excéderont la demi-heure (ie les trajets payants). L'inscription, nominative, nécessite en outre l'adresse et le numéro de téléphone de l'abonné. La conservation de ces données sera de cinq jours.

En fait, on devrait s'estimer heureux car il semble que la CNIL a finalement usé de son pouvoir pour réduire la durée de conservation des données de 24 mois à 5 jours. La commission aurait également obtenu que seules les données concernant les trajets 'longs' soient enregistrées. Ce délai de cinq jours est lié à la possibilité des usagers de contester les durées de trajets facturées. Elle semble donc s'être décidée à éviter les ratés du type Navigo/RATP et la conservation de ces mêmes données plusieurs mois durant.

Et l'article du Monde de conclure que Somupi pourra éventuellement exploiter ces données pour des opérations commerciales.

Et c'est bien cela qui est source d'inquiétude. Quel usage ces données permettront-elles à un groupe spécialisé dans la diffusion d'annonces publicitaires? On pense bien évidemment tout de suite à de la publicité ciblée et personnalisée, qui se monnaie bien plus cher que la pub indiscriminée. Mais bon, si je paye un abonnement, ce n'est pas pour l'avoir financé par de la pub.

Plus dangereux, il y a le risque de voir des données personnelles nous concernant nous échapper et se retourner contre nous. C'est le pistage, comme le titre Le Monde.